Un passo indietro nella Crisi Ucraina nell’analisi di Bernard Guetta

Compte à rebours ukrainien

Dall’articolo di Bernard Guetta su Liberationucraina-580x426 del 04FEB2014

Prenons le pire, qui n’est plus improbable. Mauvaise volonté, incapacité à se projeter dans l’avenir ou les deux, les parties ukrainiennes ne parviennent pas à trouver rapidement un compromis. Pouvoir et opposition ne se mettent pas d’accord, dans les jours à venir, sur l’organisation d’une présidentielle anticipée, sur le seul moyen de sortir de cette crise par le haut, et le chef de l’Etat, Viktor Ianoukovitch, se résout bientôt à proclamer une forme ou l’autre d’Etat d’urgence. Ce n’est plus improbable car l’entourage de Vladimir Poutine en est à dénoncer ouvertement un «coup d’Etat rampant à Kiev» et à appeler le président ukrainien à «mater» la contestation.

C’est d’autant moins improbable que l’état-major et le ministère de la Défense ukrainiens en sont venus à s’élever publiquement, à la veille du week-end, contre des désordres qui menaceraient, ont-ils dit, «l’intégrité territoriale» du pays et que les services spéciaux ont parallèlement annoncé l’ouverture d’une enquête contre le principal parti d’opposition pour «tentative de prise du pouvoir».

Prenons donc le pire. Le pouvoir recourt à la force ou tente de le faire et que se passe-t-il ? Le sang coule. Ce drame devient irrémédiable. Des centaines ou des milliers de personnes sont arrêtées et, si l’armée ne se fractionne pas – hypothèse qui n’est pas à écarter car tous les officiers ne sont pas favorables à ce président et moins encore à la Russie – ce pays se divise et, de fait, éclate. Les provinces occidentales, celles qui sont historiquement, religieusement et politiquement tournées vers l’Ouest, déclarent ne plus reconnaître le pouvoir central. Elles ne proclament sans doute pas leur indépendance mais entrent en semi-sécession. D’autres en font autant car le choix de l’Europe, de l’Etat de droit et la démocratie, est aujourd’hui devenu celui de couches entières de la population ukrainienne, jeunesses et élites urbaines en tête, et non plus seulement de l’Ukraine occidentale.

Les troubles s’étendent dans ce qui prend la tournure d’une guerre civile et une ligne de front se dessine entre deux Ukraine qu’il faudra bien appeler, l’une, russe, et l’autre, européenne. Dans ce pays plus grand que la France, en plein cœur de l’Europe, sur ces terres que s’étaient si longtemps disputées l’Empire austro-hongrois, la Pologne, l’Empire russe et la Suède, cette ligne de front divise, autrement dit, bien plus que l’Ukraine.

Si on en arrivait là, c’est le continent tout entier qu’elle en viendrait à diviser en mettant directement face à face l’Union européenne et la Fédération de Russie qui, dans un tel bras de fer, se rangerait tout entière ou presque derrière Poutine.

Alors, non, bien sûr pas, ce ne serait pour autant pas la guerre en Europe. Un siècle après, ce ne serait pas un nouvel août 1914 mais la situation qui se créerait par là n’en serait pas moins catastrophique. Au moment même, d’abord, où le conflit qui ravage la Syrie, ses répercussions croissantes sur les pays limitrophes et les difficiles négociations sur le nucléaire iranien demandent, au contraire, un minimum de convergence entre les grandes puissances, les relations entre la Russie et les pays occidentaux deviendraient aussi exécrables qu’au pic de la guerre froide. L’unanimité nationale qui se créerait en Russie conforterait, en deuxième lieu, le pouvoir de Poutine et ferait reculer d’autant toute perspective d’évolution démocratique à Moscou en muselant la contestation des nouvelles classes moyennes.

Ces deux développements n’auraient rien de rassurant pour l’avenir et le troisième serait encore plus préoccupant. Dans ce scénario malheureusement trop plausible, Poutine serait plus tenté que jamais d’en revenir à une constante de l’histoire russe, le repliement de ce pays sur ses frontières et sa rupture avec le reste de l’Europe qui signifieraient, aujourd’hui, un arrimage économique à la Chine. Non seulement l’Europe occidentale y perdrait une fois de plus l’occasion d’unir et stabiliser le continent dans un partenariat avec la Russie mais la Russie elle-même se mettrait en danger de se faire manger toute crue par la Chine dont le commerce et les marchands grignotent déjà la Sibérie, pacifiquement mais à belles dents.

Non, rien de tout cela n’est souhaitable, pour personne et à aucun point de vue. Rien de tout cela n’est déjà écrit non plus. Le pouvoir et l’opposition ukrainienne peuvent encore éviter de tels enchaînements dont leur pays serait la première victime.

Il faut l’espérer mais le danger est, pourtant, si grand que cette crise requiert au plus vite une offre de médiation de la France, de l’Allemagne et de la Pologne et surtout, avant tout, sans perdre une minute de plus, d’étroits contacts entre Européens et Russes afin de pouvoir faire de l’Ukraine ce qu’elle devrait être – un pays neutre, un pont entre l’Union européenne et la Fédération de Russie.

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